review

21/02/2008

PAR MAGALI LESAUVAGE

PARIS ART/CRITIQUE

FROM PARIS TO NEW YORK

Explorant toujours les rapports complexes entre peinture et photographie, l’Espace Carte blanche expose les œuvres de l’artiste italien Riccardo Pocci, qui peint sur du papier, de la toile ou des palettes de chantier des architectures mates et strictement soumises à la grille architectonique.

Par Magali Lesauvage

Riccardo Pocci est peintre, mais peut-être est-il avant tout photographe. Ses images d’architectures, ici celles de New York et Paris, parlent de l’œil photographique, mais usent des moyens d’une peinture subtile pour renforcer l’impression de réel : l’artiste a conservé de sa formation de graphiste une pratique extensive du détail et de la précision du dessin.

De la ville de New York, Riccardo Pocci retient la structure orthogonale, l’obsédante rigidité des lignes, dont il amenuise la sévérité par l’irruption dans le champ de l’image d’une silhouette végétale noire, laissée en réserve. Dans Y (2008), à la géométrie blanche de la façade occultante d’un immeuble correspond la symétrie d’un arbre dénudé, comme si la nature imitait l’art.

Dans les deux Greenwich Suite (2007), l’usage d’une fine couche picturale de gouache rappelle la matité de la peinture a tempera des fresques anciennes. Riccardo Pocci peint la ville sur du papier noir marouflé sur toile, ce qui donne un aspect minéral aux architectures comme aux ciels : dans W (2007), le massif building de verre ne semble pas plus solide que le morceau de ciel bleu qui le borde. On pense là aux ciels de Giotto, à ces bleus denses et tangibles des Primitifs italiens, notamment dans Breve Viaggio (2005), variation à l’huile sur le dialogue entre le bleu et le blanc, l’immensité et la grille.

Poursuivant sa quête de la structure, Riccardo Pocci a choisi pour peindre Paris d’utiliser des palettes de chantier, disposées en largeur. La perception est troublée par le séquençage latéral de l’image et demande au spectateur de reconstituer mentalement l’intégrité de la forme, le sujet étant vu comme à travers des stores vénitiens.
L’artiste frôle ainsi l’abstraction lorsqu’il représente la façade du Ministère de la Culture au 182, rue Saint-Honoré, où les architectes Francis Soler et Frédéric Druot ont plaqué en 2004 une enveloppe de métal ajouré aux motifs Art Nouveau, formant sur la toile La Monnaie ou la culture ? (2008) une trame noire et blanche solarisée.

Sur ces palettes, Riccardo Pocci représente les lieux incontournables de la capitale, notamment le Louvre, dans une vue frontale et grisée d’un pavillon vu à travers deux grilles successives, celle de la pyramide de la place du Carrousel, puis celle du support, la palette, ou encore, reprenant un motif historique de la peinture, cher à Monet, une vue intérieure de la gare Saint-Lazare (Saint-Lazare off, 2008). L’artiste y déstructure l’architecture, la fragmente, pour n’en faire plus qu’un motif.

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